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Fido (à Mme Brigitte Bardot)

 

A Madame Brigitte Bardot,

pour son combat inlassable pour la cause animale

 

Dans sa niche glacée, ouverte aux quatre vents,

Couché sur son grabat, Fido pleurait souvent.

Il pleurait et ses larmes, sur la paille tombant,

Répétaient à l’envi, « tu as le cœur trop grand ».

Que pouvait-il y faire ? Depuis qu’il était né,

Il avait pour son maître, un amour insensé

Alors qu’au grand jamais, lorsqu’il lui faisait fête,

Celui-ci n’ait daigné lui caresser la tête.

 

Et pourtant l’homme aussi savait aimer d’amour.

Il avait pour ses fils, ses amis alentour,

Des paroles aimables, des gestes amicaux,

Mais jamais pour son chien, mais jamais pour Fido.

 

Et quand il revenait par les bois et les champs

De la chasse au garenne, au perdreau, au faisan

Il fallait voir Fido trotter avec fierté

Devant son maître qui, pour le récompenser

D’avoir fait son métier avec application,

Lui donnait moins souvent, caresse que bâton.

 

Il en alla ainsi durant toute sa vie.

Aux autres, les sentiments, à lui reproches et cris,

Et dans sa niche froide, ouverte aux quatre vents

Couché sur son grabat, Fido pleurait souvent.

 

Et puis un triste soir, le maître tituba

Il fallut le porter jusqu’à son matelas

Les fils ne prirent peine de quérir le docteur

Ces gens-là coûtent chers et puis si par malheur

Leur vieux père s’en allait ce serait bien dommage

Mais ils se consolaient avec leur héritage.

 

Après une semaine d’une longue agonie,

Abandonné de tous, le maître dans son lit

Rendit les armes à Dieu mais avant de mourir

Avant qu’il n’eut poussé un ultime soupir,

Fido pointa sa truffe dans la chambre lèpreuse

Et lui lécha la main d’une langue rapeuse.

Ce fut en caressant pour la première fois

Son brave compagnon que le maître passa.

 

Nombreux étaient les gens à son enterrement.

Les distractions gratuites étaient rares en ce temps.

Seul à dix pas derrière, suivait, désespéré,

Le pauvre chien hagard, malheureux et brisé.

On ne s’attarda guère, le caveau refermé.

Chacun était pressé, chez soi de retourner.

Seul Fido resta là, couché devant la tombe

Jusqu’à ce que la nuit, et la cité se fondent.

Il fut là chaque jour, de l’aube jusqu’au soir

Epuisé de chagrin, perclus de désespoir.

 

Pendant quelques semaines, dès les feux du matin

Il a veillé en pleur sur la pierre et enfin,

De son dernier sommeil, un dimanche de pluie,

Sur la tombe glacée, Fido s’est endormi.

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