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1. EXT. Rue de clichy. début de soirée

 

Albert gendran marche dans la rue de Clichy d'une allure déguingandée, saluant un commerçant par ci, discutant avec des amis, par là.

 

LE NARRATEUR
(VOIX OFF)

Le type grand et mince qui marche d'une allure déguingandée sur le trottoir de  la rue de Clichy s'appelle ALBERT GENDRAN plus connu dans le milieu sous le sobriquet de "DEMI-SEL". ALBERT a 35 ans et beaucoup d'aplomb et de bagout, mais son manque d'intelligence en fait le prototype même du gangster minable et sans envergure qui, malgré sa bonne volonté, est incapable de commettre le moindre forfait. Nous sommes en 1961 et, en moins de deux ans et sous le surnom de "LE CORSE", ALBERT GENDRAN va devenir un des plus grands parrains de la pègre Pigalloise. Il faut dire que Maître TANDRIEUX l'a un peu aidé. Comment cela a-t-il été possible ? C'est une drôle d'histoire que je vais vous raconter. Cette histoire je la connais bien parce que c'est la mienne. ALBERT GENDRAN c'était moi ... lorsque j'étais vivant.

 

Albert s'arrête devant CHARLENE, une prostituée qui guette le client.

 

demi-sel
(d'un ton ensorceleur)

Alors CHARLENE chérie, on y va pour ce moment d'extase ?

 

Charlene
(d'un ton excédé)

Casse-toi, abruti. Si un micheton te voit il va penser que je fais dans l'débile léger.

 

demi-sel
(d'un ton amusé)
C'que j'en disais c'était par pure charité chrétienne parce que question micheton, t'as plus qu'la cloche et l'immigré clandestin. Madame fait dans l'humanitaire. La mère Térésa du goupillon à moustache. Note bien que t'as raison, c'est une clientèle fidèle. Pas fortunée mais fidèle. Maintenant ... Si ça peut lui payer ses cigarettes, à ton jules ...

 

CHARLENE

(d'un ton moqueur)

Hé ben demande-lui, il arrive.

 

demi-sel

(D'un ton désolé)

Ce serait avec plaisir mais j'suis pressé, j'ai rendez- vous à mon club. Ciao poupée!

 

CHARLENE hausse les épaules et DEMI-SEL repart de la même allure déguinguandée, saluant un commerçant par ci, discutant avec des amis, par là.

 

 

2. EXT. Rue de clichy. quelques minutes plus tard

 

DEMI-SEL s'arrête devant un bistrot. Au moment où il veut pousser la porte, deux malabars arrivent par derrière et l'attrapent chacun par un bras. Ils le poussent dans une voiture qui démarre presque aussitôt.

 

 

3. INT. voiture. soirée

 

La voiture roule à vive allure.

 

DEMI-SEL

(avec inquiétude)

Qu'est-ce qu'il m'veut, CARLO?

 

UN MALABAR

(d'un ton rogue)

Ta gueule!

 

Au bout de cinq minutes, la voiture stoppe devant un immeuble.

 

 

4. INT. Bureau de carlo. Soirée

 

ANGELO CARLO, le parrain de Pigalle, est assis à son bureau lorsque DEMI-SEL entre, poussé par les deux malabars. ANGELO CARLO a 58 ans. D’allure massive, il est de taille moyenne. Il a des cheveux gris et d’épais sourcils. L'un des hommes de main fait asseoir Demi-sel dans un fauteuil face à CARLO.

 

carlo

(faussement aimable)

Tu sais pourquoi je t'ai demandé de venir me voir?

 

DEMI-SEL

(faussement enjoué)

Pour m'inviter à prendre le thé je suppose?

 

DEMI-SEL se tourne vers un des hommes de main.

 

DEMI-SEL

Pour moi ce sera sans sucre avec un nuage de lait et des petits gâteaux.

 

CARLO fait un signe de la tête à l'un de ses sbires. Celui-ci déclenche une gifle magistrale à DEMI-SEL qui en tombe de son fauteuil. DEMI-SEL se relève en se massant la joue et se rassoit en geignant.

 

CARLO

(en souriant)

T'es un sacré comique, toi! Tu sais que je suis taquin moi aussi? Ma plaisanterie favorite, c'est d'offrir aux gens des chaussures en béton et de les jeter dans la Seine avec.

 

CARLO laisse passer 2 secondes en souriant à DEMI-SEL.

 

CARLO

Mais revenons à des choses plus sérieuses. Tu te rappelles que tu m'avais emprunté 10.000 balles il y a un mois?

 

DEMI-SEL acquiesce d'un hochement de tête, l'air inquiet.

 

CARLO

Tu ne m'avais pas dit que tu allais braquer une supérette pour me rembourser?

 

DEMI-SEL

(d'un ton plaintif)

J'ai bien tenté de le faire mais ...

 

CARLO l'arrête d'un signe de la main.

 

CARLO

(d'un ton compréhensif)

Laisse-moi deviner. En chemin tu t'es trompé de métro et quand t'es arrivé la supérette était fermée. C'est ça?

 

DEMI-SEL acquiesce d'un hochement de tête, de plus en plus inquiet.

 

CARLO

(en s'emportant)

Bon, arrête de m'prendre pour un con. Si dans 3 jours je n'ai pas ce fric sur mon bureau, la brigade fluviale te récupèrera dans la Seine avec 30 kilos de ciment en guise de charentaises.

 

Puis s'adressant à ses sbires.

 

CARLO

Allez! foutez-moi ça dehors.

 

Les hommes de main attrapent DEMI-SEL chacun par un bras et le sortent du bureau.

 

 

5. EXT. Rue. soirée

 

Les 2 malfrats jettent DEMI-SEL sur le pavé. DEMI-SEL se relève péniblement. Désespéré, il se traîne sur le trottoir, l'air abattu, sans répondre à ses amis qui l'interpellent. Arrivé devant son bar, il pousse la porte et entre.

 

 

6. INT. bar. soirée

 

DEMI-SEL commande une bière et le patron la pose sur le comptoir.

 

LE PATRON

T'as des soucis avec CARLO? J'ai vu PIF et PAF qui sont venus t'cueillir.

 

DEMI-SEL

(l'air abattu)

J'lui dois 10.000 balles et il veut qu'je l'rembourse d'ici 3 jours. Tu les aurais pas, par hasard?

 

LE PATRON

(L'air outré)

T'es louf! Tout c'que CARLO me laisse c'est mon percepteur qui l'engourdit. J'ai même pas les moyens de te faire crédit. Ça fera 10 balles.

 

DEMI-SEL sort de l'argent de sa poche et le dépose sur le comptoir.

 

un consommateur

(un peu éméché)

A ta place j'irais m'faire une bijouterie de la place vendôme.

 

LE PATRON regarde le consommateur.

 

LE PATRON

(en riant)

Tu crois pas qu'il a assez d'emmerdes comme ça? Il vaudrait mieux qu'il s'achète un billet de loterie. C'est plus dans ses capacités.

 

DEMI-SEL hausse les épaules. Il finit son verre et sort du bar.

 

NARRATEUR

(VOIX OFF)

Ça avait été dit pour plaisanter mais ça trottait dans la tête de DEMI-SEL d'autant qu'une lourde menace planait sur lui. Pourquoi ne pourrais-je pas moi aussi braquer une bijouterie, comme tous les durs de Pigalle? pensait-il.

 

 

7. EXT. place vendôme. matinée

 

DEMI-SEL se promène place Vendôme. Il regarde les vitrines des joailliers en essayant de repérer les alarmes et la télé-surveillance. Constatant la difficulté de l'entreprise il quitte la place, l'air découragé.

 

 

8. EXT. avenue montaigne. fin de matinée

 

DEMI-SEL remonte l'avenue Montaigne. Il aperçoit une petite bijouterie. Celle-ci semble à sa portée. Le sourire aux lèvres il hèle un bus.

 

 

9. EXT. RUE. midi

 

DEMI-SEL marche dans la rue d'un pas décidé. Il pousse la porte de la misérable bicoque du receleur.

 

 

10. INT. BOUTIQUE du receleur. midi

 

DEMI-SEL

(avec entrain)

Salut l'fourgue. J'suis sur un gros coup et j'ai besoin de matériel performant.

 

LE FOURGUE

(avec étonnement)

Toi? sur un gros coup? T'as pas peur d'te fatiguer ? Ton dernier gros coup c'était le mois dernier me semble-t-il. T'avais piqué 20 francs dans la caisse de Mohamed, l'épicier de la rue Lepic, alors qu'il était occupé avec un client. J'crois bien que ton plan n'avait pas trop marché d'ailleurs. L'arbi t'avait rattrapé dans la rue et tu avais eu droit à une solide dérouillée, n'est-ce pas ? Et aujourd'hui ? De quel genre de gros coup il s'agit ?

 

DEMI-SEL

(avec fierté)

Du braquage d'une bijouterie.

 

LE FOURGUE

Tu veux dire: d'un distributeur automatique de bimbeloterie à 2 ronds comme celui qu'il y a devant la supérette de la rue de Clichy ? Pour ça tu n'as pas besoin de matériel. Un grand coup de pieds dedans et à toi la fortune ...

 

DEMI-SEL

(vexé)

Pas du tout. Une vraie bijouterie, avec système d'alarme et tout et tout.

 

LE FOURGUE

(avec un sourire amusé)

T'as pas peur de viser un peu haut ?

 

DEMI-SEL

T'inquiète pas pour moi, j'ai tout prévu.

 

LE FOURGUE

(en haussant les épaules)

Et elle s'trouve où cette bijouterie?

 

DEMI-SEL

(d'un air satisfait)

Avenue Montaigne.

 

LE FOURGUE

(en explosant)

Bon ... Si tu me prends pour un con maintenant. Le dernier qu'a voulu braquer une bijouterie de l'avenue Montaigne, il est au trou pour 20 ans. Et crois-moi bien que c'était un autre calibre que toi, "BEBERT LES GALOCHES". Quinze ans d'expérience. 8 hold-ups de légende : des modèles du genre. On en pleure d'émotion dans les arrières-salles de bistrots rien qu'en en parlant. Avec ça une équipe de 5 malfrats triés sur le volet et du matériel de pointe que je leur avais fourni.

 

DEMI-SEL

Et qu'est-ce qui a foiré alors?

 

LE FOURGUE

Un malheureux concours de circonstances. Un car de poulets qui se rendait sur un autre braquage et qui passait par là au moment où Bébert et ses compices sortaient de la joaillerie leur butin à la main. Ils se sont trouvés embastillés avant d'avoir eu le temps de comprendre. Et toi, avec ta gueule d'abruti et ton plan griffonné dans les chiottes tu t'imagines que t'as une chance de dévaliser une bijouterie du triangle d'or ?

 

LE FOURGUE prend DEMI-SEL par le bras et le reconduit vers la porte.

 

LE FOURGUE

(d'un ton méprisant)

Allez! Casse-toi! J'suis fournisseur officiel de la pègre de Pigalle, moi; pas accessoiriste pour comiques troupiers.

 

LE FOURGUE ouvre la porte et pousse DEMI-SEL dans la rue.

 

DEMI-SEL

Que me conseilles-tu au moins, comme matériel ?

 

LE FOURGUE

Le code pénal et un bon avocat. Et puis évite de venir me voir si l'envie te prend de dévaliser la banque de France.

 

 

11. INT. bar. début d'après-midi

 

DEMI-SEL pousse la porte du bar, un sac à la main. Il s'accoude au comptoir et réclame un blanc à voix haute. Le patron le sert et pose le verre devant lui.

 

LE PATRON

T'as trouvé le fric?

 

DEMI-SEL

(l'air mystérieux)

Non, mais j'ai une idée.

 

LE PATRON

(d'un ton goguenard)

Tu comptes faire la manche dans le métro?

 

DEMI-SEL

Je compte braquer une bijouterie.

 

LE PATRON

Tu veux dire: un distributeur automatique de bimbeloterie à 2 ronds comme celui qu'il y a devant la supérette de la rue de Clichy ? T'auras jamais assez de pognon avec ça.

 

DEMI-SEL

(avec fierté)

Non monsieur ... Une vraie ... avenue Montaigne.

 

LE PATRON regarde un consommateur en vrillant son index sur sa tempe.

 

LE PATRON

Ça-y-est. Il est devenu barge.

 

LE PATRON regarde DEMI-SEL.

 

LE PATRON

A ta place j'irais acheter du ciment à prise rapide chez le fourgue, je mettrais mes pieds dedans et je me jetterais dans la Seine. Ça serait toujours ça de gagné. Qu'est-ce que t'as dans ton sac ?

 

DEMI-SEL

Une cagoule et un révolver. C'est "Riton de Brest" qui me les a prêtés. Maintenant la gloire m'appelle. Ciao.

 

DEMI-SEL sort du bar.

 

 

12. EXT. rue. début d'après-midi

 

DEMI-SEL marche dans la rue. Il descend dans une station de métro.

 

 

13. INT. tribunal. matinée

 

L'avocat général finit son réquisitoire.

 

l'avocat general

... Cette affaire est simple. Nous avons un voyou multi-récidiviste effrayé par le travail et qui a succombé une fois de plus à la facilité en s'emparant du bien d'autrui par introduction nocturne dans leur appartement. C'est la raison pour laquelle je demande au tribunal, en toute bonne justice, la peine de cinq ans de prison ferme.

L'avocat général se rassoit en regardant TANDRIEUX d'un air narquois.

le juge

Merci Monsieur l'avocat général. Maître TANDRIEUX, vous avez la parole pour tenter de défendre votre client.

 

Maître Jérôme TANDRIEUX a 38 ans. Grand et costaud, son allure pataude et sa timidité en font un avocat uniquement sollicité lorsqu’il est commis d’office. Rares sont les plaidoiries gagnées et ses affaires ne marchent guère. Maître TANDRIEUX après avoir remercié le juge, fouille dans sa serviette afin de retrouver le dossier concernant cette affaire. L’avocat s’énerve, laisse tomber des feuilles de papier, se baisse pour les ramasser et en se relevant, il fait tomber sa serviette sous les esclaffements du maigre public. Il retrouve enfin son dossier.

 

maître tandrieux

(d'un ton mal assuré)

Je sais que tout accuse mon client. Son passé de multi-récidiviste ne plaide pas en sa faveur. Seulement, le 8 mai dernier, il ne pouvait pas avoir commis le forfait qui lui est reproché ...

 

LE JUGE

(d'un ton badin)

C'est possible, Maître, car les faits se sont déroulés le 3 juin.

 

TANDRIEUX est déstabilisé. Il farfouille dans son dossier.

 

MAÎTRE TANDRIEUX

(en bredouillant)

Tout-à-fait exact, Monsieur le Juge. Je confondais avec un autre dossier. Bref ... Mon client est accusé d'avoir braqué la caisse d'un pompiste. Je ne dis pas que c'est faux mais ...

 

LE JUGE

Votre client est poursuivi pour cambriolage d'appartements, pas pour braquage de postes à essence. Toutefois, nous sommes ravis d'apprendre de votre bouche que le prévenu a d'autres exploits à son actif.

 

MAÎTRE TANDRIEUX

(en bredouillant)

Pardonnez-moi ... Ça c'est l'affaire Duboulier que je dois plaider cet après-midi.

 

Le prévenu se lève alors et interpelle le juge.

 

le prévenu

(en colère)

Monsieur le juge, je pourrais pas changer d'avocat ? parce qu'il va me rapporter perpète, ce connard.

 

LE JUGE

Rasseyez-vous et taisez-vous. Vous n'avez pas la parole. Continuez Maître!

 

Maître TANDRIEUX poursuit sa plaidoierie pendant une demi-heure.

 

MAÎTRE TANDRIEUX

(d'une voix mal assurée)

... Je demande en conséquence l'indulgence de la cour en la priant de ne pas céder au réquisitoire de Monsieur l'avocat général et en accordant au prévenu, malgré son lourd passé, les circonstances atténuantes.

 

LE PRÉVENU

(en hurlant)

Mais il veut ma tête, ce con. Mon lourd passé ? J'ai juste cambriolé une douzaine d'appartements. Et encore, dans des banlieues minables. Ça m'a coûté plus cher en investissement que ce que ça m'a rapporté. J'devrais même poursuivre les gens que j'ai dévalisé, en dommages et intérêts.

 

LE JUGE

(excédé)

En quelque sorte, vous les avez cambriolés par amour de votre prochain. Revenons aux choses sérieuses. La séance est terminée. Le jugement est mis en délibéré.

 

Les policiers passent les menottes au prévenu pour le ramener en prison.

 

LE PRÉVENU

(en criant)

Mais j'vais lui casser la gueule à ce con! Avocaillon d'mes couilles. Connard ... enculé ...

 

 

14. EXT. couloirs du tribunal. fin de matinée

 

Maître TANDRIEUX quitte le prétoire. Les collègues qu'il croise ne répondent pas à son salut ou, au mieux, feignent de ne pas le voir.

 

 

15. EXT. rue. fin de matinée

 

TANDRIEUX monte dans sa voiture et se fond dans la circulation.

 

 

16. INT. appartement de tandrieux. midi

 

TANDRIEUX pousse la porte de son appartement. Il pose sa serviette sur un guéridon lorsque le téléphone sonne. L'avocat se dirige vers son bureau.

 

 

17. INT. bureau de tandrieux. fin de matinée

 

TANDRIEUX entre dans son bureau et décroche le téléphone.

 

MAÎTRE TANDRIEUX

(avec emphase)

Ici Maître TANDRIEUX, j'écoute.

 

LE CLIENT

(en colère)

C'est Jacques MARGOULET. Je n'vous félicite pas. J'avais un dossier en or et vous avez réussi à me faire plonger de 6 mois avec sursis et 50.000 francs d'amende. Chapeau!

 

maître tandrieux

(d'un ton gêné)

Mais monsieur MARGOULET, le juge  a retenu votre imprudence. Comment voulez-vous gagner dans ces conditions?

 

margoulet

(de plus en plus énervé)

Elle est bonne celle-là ... je monte dans ma bagnole, je recule pour pouvoir me dégager, je roule sur la main d'un empaffé qui était en train de me siphoner de l'essence et vous trouvez normal que je sois condamné ? Merde alors.  Et tout ce que vous avez trouvé à dire au tribunal c'est que j'aurais dû regarder derrière moi en vertu de l'article je n'sais plus quoi du code de sécurité routière. Même l'avocat de la partie civile n'en revenait pas. J'ai bien cru qu'il allait vous engueuler pour faire son boulot à sa place.

 

MAÎTRE TANDRIEUX

(en bafouillant)

Mais, monsieur MARGOULET ...

 

margoulet

Inutile de vous dire que vos honoraires, vous pouvez vous les carrer où j'pense. Salut Maîîîître!

 

MAITRE TANDRIEUX raccroche le combiné, complètement désespéré.

 

 

18. INT. cuisine. midi

 

MAîTRE TANDRIEUX se prépare son déjeuner et mange en écoutant distraitement la radio.

 

 

19. INT. appartement de tandrieux. début d'après-midi

 

BEATRICE TANDRIEUX entre dans l'appartement des paquets plein les bras. Elle les pose sur un guéridon. BEATRICE est l’épouse de JEROME TANDRIEUX. Agée de 35 ans, Blonde, grande et élancée, elle est une de ces petites bourgeoises précieuses et maniérées comme en trouve dans le 16ème arrondissement de Paris. Voyant son mari vautré sur le canapé, elle se met à le houspiller.

 

Béatrice

(en colère)

Que fais-tu ici en train de feignanter. Tu ne devrais pas être au palais de justice ?

 

MAÎTRE TANDRIEUX

Je me reposais un peu avant de repartir.

 

BÉATRICE

T'aurais pu travailler une affaire en même temps.

 

MAÎTRE TANDRIEUX

Inutile, je les connais par coeur.

 

BÉATRICE

Tu les connais par coeur mais tu les confonds souvent. Palempin, ça te dit quelques chose? Il a appelé ce matin pour te féliciter pour ton boulot. Il était très content d'avoir pris 40.000 francs d'amende pour avoir traité sa concierge de vieille peau. Il est vrai que tu avais plaidé pour un vol à l'arraché. C'est pas le même tarif. Il voulait savoir si ça incluait le fait de te mettre son poing dans la figure. Je lui ai dit que je ne connaissais pas tes conditions et qu'il serait préférable qu'il appelle ce soir.

 

BÉATRICE

(en s'énervant)

Tu m'écoutes quand j'te parle?

 

JEROME TANDRIEUX regarde sa femme.

 

BÉATRICE

A cause de toi je suis la risée du quartier. Les gens rient sous cape lorsque je passe dans la rue. S'ils croient que je ne le remarque pas. Lorsqu'on parle avec les copines des affaires de nos maris, tu penses bien que j'élude les questions. Je ne vais tout de même pas leur causer de Palempin. Tu crois que c'est une vie pour moi de partager mon existence avec un raté comme toi qui fait rigoler toutes mes amies.

 

MAÎTRE TANDRIEUX

(avec un sourire narquois)

Hé bien t'as qu'à changer d'amies.

 

BÉATRICE

(en trépignant)

T'es qu'un bon à rien. Maman a raison lorsqu'elle dit que Gilbert était mille fois mieux. Et dire que je l'ai quitté pour toi.

 

MAÎTRE TANDRIEUX

Tu fais erreur ma chérie. C'est lui qui t'a viré lorsqu'il en a eu marre de ta mère. Elle a été bien contente de trouver un bon pigeon pour sa fille, la garce. Ah elle était aimable avec moi la vieille bique, jusqu'à ce que je t'épouse. Après elle a donné sa pleine mesure.

 

BEATRICE gifle son mari et s'enfuit dans la chambre. MAITRE TANDRIEUX ne réagit pas. Il prend un dossier, le met dans sa serviette et quitte l'appartement.

 

 

20. INT. immeuble de tandrieux. début d'après-midi

 

MAITRE TANDRIEUX descend les escaliers. Dans le hall d'entrée il croise la concierge. Il la salue mais celle-ci détourne la tête en haussant les épaules. Il pousse la porte de l'immeuble et sort dans la rue.

 

 

21. EXT. avenue montaigne. après-midi

 

DEMI-SEL sort du métro. Il marche comme un badaud, sa sacoche à la main, dans l'avenue Montaigne. Arrivé devant la bijouterie il regarde à travers la vitrine pour constater qu'il n'y a pas de client. Il jette un coup d'oeil à droite, un coup d'oeil à gauche et pousse la porte.

 

 

22. INT. bijouterie. après-midi

Il rentre dans le magasin sans sortir son révolver.

 

DEMI-SEL

(d'une voix menaçante)

Haut-les-mains! C'est un hold-up.

 

Les deux employés voient que DEMI-SEL n'a pas d'arme. Ils se précipitent dans l'annexe et ferment la porte à double tour derrière eux. Aussitôt l'alarme se met à retentir. DEMI-SEL est paniqué. Il se précipite hors du magasin sans prendre le temps d'emporter des bijoux.

 

 

23. EXT. avenue montaigne. après-midi

Dans la rue, 3 policiers arrivent vers lui en courant, pistolet à la main.

 

un policier

(d'un voix ferme)

Arrête-toi et lève les mains bien haut!

 

DEMI-SEL sort son révolver et un des policiers tire sur lui. DEMI-SEL s'écroule, son révolver à la main.

 

 

24. INT. voiture de tandrieux. après-midi

 

MAITRE TANDRIEUX arrive en voiture, avenue Montaigne. Il voit deux policiers qui lui barrent la route. Il baisse la vitre et s'adresse à l'un d'eux.

 

maître tandrieux

Que se passe-t-il?

 

un policier

Un hold-up est en cours. N'avancez plus!

 

MAÎTRE TANDRIEUX

(d'une voix soumise)

Bien monsieur l'agent.

 

 

25. EXT. avenue de montaigne. après-midi

 

MAITRE TANDRIEUX sort de son véhicule pour profiter du spectacle. Alors que DEMI-SEL est couché sur le trottoir en train de rendre son dernier souffle, son doigt se crispe sur la détente et une balle part accidentellement. Elle se fiche entre les deux yeux de MAITRE TANDRIEUX, le tuant sur le coup.

 

 

26. EXT. route du paradis. indéterminé

 

Les âmes de TANDRIEUX et de DEMI-SEL montent au ciel.

 

âme de tandrieux

Qu'est-ce que tu étais sur terre?

 

âme de DEMI-SEL

Un voyou sans envergure. On m'appelait DEMI-SEL. J'étais pas très intelligent mais ce qui me sauvait c'est que j'avais beaucoup d'aplomb et de bagout. Et toi?

 

ÂME DE TANDRIEUX

Moi? j'étais un avocat raté. Le contraire de toi. Très intelligent mais très timide et sans éloquence. J'te raconte pas les procès perdus. T'es pressé d'aller voir le barbu?

 

ÂME DE DEMI-SEL

Pas trop. Avec mon pédigree j'en ai pour au moins 3 siècles de purgatoire.

 

ÂME DE TANDRIEUX

(en riant)

Ne compte pas sur moi pour plaider en ta faveur. Avec mon talent Ça pourrait te coûter perpète en enfer.

 

L'âme de DEMI-SEL se met à rire.

 

âme de DEMI-SEL

Et si on redescendait sur terre quelques secondes avant d'avoir été tué ? Ça nous permettrait de faire un peu de rab.

 

ÂME DE TANDRIEUX

(mécontent)

Ha non, merci bien! Revoir ma femme, la belle doche, les juges, les avocats généraux et les truands ? très peu pour moi. Je préfère aller voir là-haut ce qu'il s'y passe.

 

ÂME DE DEMI-SEL

Dans un sens t'as raison mais imagine que je te donne un peu d'éloquence et de culot contre un peu d'intelligence. Ça nous permettrait de repartir sur de bonnes bases.

 

ÂME DE TANDRIEUX

C'est pas idiot ce que tu dis. Allez Go ! on redescend!

 

Les deux âmes se croisent pour faire la transaction et elles regagnent leur corps respectif.

 

 

27. EXT. avenue montaigne. après-midi

 

DEMI-SEL sort de la bijouterie. Dans la rue, 3 policiers arrivent vers lui en courant, pistolet à la main.

 

un policier

(d'un voix ferme)

Arrête-toi et lève les mains bien haut!

 

DEMI-SEL regarde autour de lui et aperçoit à quelques mètres, une voiture arrêtée avec un homme à l'intérieur. DEMI-SEL sort son révolver, ouvre la portière passager, s'engouffre dans le véhicule et brandit le révolver sous le nez du conducteur avant que les policiers aient pu réagir.

 

 

28. INT. voiture de l'otage. après-midi

 

DEMI-SEL

(d'un ton menaçant)

Démarre, connard.

 

Le conducteur obéit et la voiture disparait dans la circulation. Après quelques secondes de silence.

 

l'otage

(d'une voix hésitante)

Où dois-je aller?

 

DEMI-SEL

(d'une voix ferme)

Chez moi, place de la Nation.

 

L'otage conduit sans qu'un seul mot ne soit échangé. Tout juste DEMI-SEL se retourne-t-il de temps en temps pour vérifier qu'il n'est pas suivi.

 

 

29. EXT. avenue montaigne. après-midi

 

MAITRE TANDRIEUX regarde la voiture de l'otage s'éloigner.

 

MAÎTRE TANDRIEUX

(en colère)

Bon! Maintenant que vous avez fini vos singeries on va peut-être pouvoir y aller. Et puis bravo. Laisser un dangereux criminel s'échapper avec un otage...Ah! On peut dire qu'on se sent en sécurité avec des ahuris dans votre genre.

 

UN POLICIER

(d'un ton excédé)

Dites-donc! vous pourriez être poli. Montrez-moi vos papiers!

 

MAÎTRE TANDRIEUX

Mes papiers? A qui croyez-vous parler? Je suis MAITRE TANDRIEUX du barreau de Paris. J'ai des relations au ministère de l'intérieur figurez-vous. Ils vont entendre parler de vous, je vous le garantis. Et je devrais montrer mes papiers à deux petits fonctionnaires incomptétents ? Et puis me féliciter d'entretenir avec mes impôts des minables de votre espèce, aussi?

 

 

30. INT. VOITURE DE TANDRIEUX. APRÈS-MIDI

 

MAITRE TANDRIEUX monte dans sa voiture et démarre sans tenir compte des injonctions des policiers.

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